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Contextes historique & artistique
se développe une nouvelle doctrine
théologique, à l’origine d’une longue
querelle entre ses promoteurs – l’Église
et l’État français en la personne du roi –,
dont les répercussions se feront sentir
jusqu’à la Révolution française. Il s’agit du
jansénisme, pensée rigoriste qui marque
profondément l’environnement spirituel
et intellectuel du peintre. Ce dernier
réalisera de nombreux portraits de ses
membres, dont ceux de Robert Arnauld
d’Andilly et de sœur Angélique Arnauld,
mère supérieure de Port-Royal (ill. 19).
Peu de temps après le début de sa carrière
parisienne, Champaigne acquiert une
renommée croissante. Considéré comme
l’un des meilleurs peintres du royaume,
il est sollicité pour la réalisation de
nombreux chantiers royaux. En 1648,
la fondation de l’Académie royale de
peinture et de sculpture, reconnue
par lettres patentes en 1665, vient
bouleverser le monde artistique français.
Cette institution, créée sur mandat
royal pendant la régence de la reine
Anne d’Autriche à l’instigation d’un
groupe de peintres et de sculpteurs
réunis par le jeune Charles Le Brun, a
pour but d’assurer une protection aux
artistes, et de revaloriser la peinture et
la sculpture en les élevant au rang d’arts
libéraux, afin de bien les différencier de
l’artisanat. L’apprentissage se fonde sur
l’enseignement du dessin, et l’admission
se fait sur présentation d’un morceau
d’agrément suivi par un morceau de
réception. Les peintres peuvent être reçus
dans des catégories différentes, selon une
hiérarchie bien établie : peinture de genre
(paysage, animalier, natures mortes), de
portrait et enfin d’Histoire, considérée
comme la plus prestigieuse. Les femmes
ne peuvent ni assister à tous les cours
ni accéder à cette dernière catégorie.
Champaigne fait partie des premiers
membres de l’Académie. Il y exerce
comme professeur et inaugure la querelle
du coloris en 1671, lors d’une conférence
consacrée à l’éloge d’un tableau de Titien.
Rapportée par André Félibien, cette
intervention cristallise un débat ancien
opposant les partisans du dessin à ceux
de la couleur, centralisant des discussions
qui avaient lieu jusque-là en dehors
de l’institution. Des années plus tard,
l’académie se prononcera en faveur de la
primauté de la couleur dans la peinture.
M. C.
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