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Annexe i
Annexe i
Du reflet à l’affirmation de soi :
histoire & enjeux de l’autoportrait
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elon la définition la plus courante,
un autoportrait est l’image qu’une
personne donne d’elle-même, dans
les arts visuels comme dans la littérature.
Si l’aspect physique vient d’abord à
l’esprit – autrement dit la manière dont
quelqu’un s’identifie visuellement –, cette
figuration peut aller au-delà de la simple
apparence et exprimer l’identité profonde
de l’artiste. Celle-ci se définit également
par les biens, les actes ou les propos au
moyen desquels ce dernier se donne à
voir, incluant ses qualités psychologiques,
morales, ses émotions et même ses
pensées. L’autoportrait remplit donc avant
tout une fonction de représentation, et
peut même être suggéré ou remplacé par
un concept. L’artiste ne saurait laisser
aucun détail au hasard : c’est à la fois son
rapport au monde et à lui-même qu’il
met en scène, comme une autobiographie
condensée.
L’autoportrait existe depuis l’Antiquité
mais ne s’impose comme un genre
artistique autonome qu’à la fin du Moyen
Âge, et surtout à partir du Quattrocento
italien. À cette période, l’artiste s’y figure
d’abord « in assistenza », au milieu
d’autres personnages, soit en acteur
soit en spectateur de la scène. On dit
que le sculpteur Phidias aurait été le
premier à se dépeindre ainsi et qu’il fut
condamné par ses concitoyens pour son
hubris démesurée. Entre 1450 et 1550,
l’autoportrait affirme le changement de
statut social du peintre, contribuant à
sa reconnaissance : de simple artisan
anonyme au service d’une cour ou de
l’Église, il devient un artiste reconnu,
renommé, signant ses œuvres, et enclin à
se mettre en scène lui-même.
Le miroir constitue l’instrument
par excellence de l’autoportrait, et le
perfectionnement des techniques de
fabrication des verres contribue à son
essor. Sa diffusion s’accélère à partir
du xve siècle, tandis que son industrie
connaît un développement florissant à
Venise au xvie siècle, approvisionnant
toute l’Europe.
Depuis les débuts de l’histoire de la
peinture, les artistes se représentent,
parfois au sein même de leur œuvre,
créant ainsi une mise en abyme. Dans
Marcia peignant son autoportrait du
Maître du couronnement de la Vierge
(ill. 17), comme dans l’Autoportrait de
Johannes Gumpp (ill. 16), le peintre
s’observe dans un miroir, puis transpose
sa propre image sur la toile. Pour que la
reproduction soit la plus fidèle possible,
cet exercice demande que l’artiste se
regarde de face.