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Réflexions autour de l'Autoportrait disparu...
Jean-Baptiste de Champaigne, que
ces images impliquent toujours une
forme de dédoublement du regard
entre soi et l’autre, que ce soit par
l’intermédiaire du miroir ou entre
artistes. On sait aujourd’hui que ces
problématiques étaient bien connues
des peintres et des théoriciens de
l’époque. Il ne faut pas oublier
également que les miroirs anciens
ne re昀氀étaient pas parfaitement les
couleurs et n’étaient généralement
pas totalement lisses, ce qui incitait
les artistes à se servir d’un miroir
noir – appelé aussi miroir de Claude
d’après Claude Lorrain –, petit
miroir convexe et teinté de sombre,
grâce auquel ils pouvaient isoler le
sujet à traiter de son environnement
et rabattre les tonalités de la scène.
Se regarder dans un miroir, c’est
donc se voir autrement qu’on ne l’est,
prendre de la distance avec soi10 .
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L’inventaire après-décès de
Champaigne nous apprend que
l’artiste s’intéressait, comme
beaucoup de peintres depuis
10. Nous remercions Jan Blanc pour les informations
précieuses qu’il nous a transmises concernant l’usage du
miroir dans la composition d’un autoportrait.
Léonard de Vinci, à l’optique,
à la vision binoculaire, et à leur
application dans son œuvre. Grand
portraitiste, il s’est interrogé sur
la juste distance entre le modèle et
le spectateur, enjeu fondamental
de la construction d’un portrait
ou, de manière plus subtile, d’un
autoportrait. La question du
regard et de la distance vis-à-vis du
spectateur revient régulièrement
chez les portraitistes, y compris aux
siècles suivants, comme en témoigne
cet extrait d’une lettre de MauriceQuentin de La Tour, adressée le
1er août 1763 au marquis de Marigny,
où il décrit les dif昀椀cultés techniques
posées par l’observation simultanée
des deux yeux du modèle : « [...]
Les gens délicats sont blessés d’un
tableau dont le point de distance
est près et n’a pas au moins vingtcinq pieds. Partant de ce principe,
quel embarras pour une vûe courte
et foible, forcée d’être à deux ou
trois pieds du modelle, obligée de
se hausser et baisser à mesure, de
tourner à droite, à gauche, pour
tâcher d’appercevoir de près ce qu’on
ne peut voir bien que de loin ! Il
faudroit être à ma place pour sentir
les efforts que je fais pour mettre