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Réflexions autour de l'Autoportrait disparu...
ill. 14 : Gerard Edelinck d’après Philippe de Champaigne,
Autoportrait de Philippe de Champaigne (image retournée horizontalement),
détail de l'ill. 1.
L’orientation du regard 昀椀nalement
retenue par l’artiste — tournée vers
le spectateur — correspond à celle
de l’Autoportrait 昀椀nal aujourd’hui
perdu, connu par la gravure (ill. 14).
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La modi昀椀cation de la direction
du regard constitue un indice qui
plaide en faveur de l’hypothèse
d’un autoportrait : le peintre s’est
représenté à l’aide d’un miroir, puis
a ajusté la position de la pupille,
geste qui n’appartient qu’à celui
qui se représente lui-même.
Dans son ouvrage Le Strabisme du
tableau : essai sur les regards divergents
du portrait7, Nathalie Delbard analyse
cette particularité du regard dans
les autoportraits, en prenant comme
point de départ celui, présumé,
7. Nathalie Delbard, Le Strabisme du tableau : essai sur les
regards divergents du portrait, Cherbourg, De l’incidence
éditeur, 2019, pp. 15-16.
de Jan Van Eyck, L’Homme au
turban rouge, dans lequel le peintre
inaugure une nouvelle forme de
relation avec le spectateur (ill. 15).
Représenté de trois quarts, l’homme
regarde le spectateur, ce qui décale
légèrement la pupille gauche vers la
droite du tableau. Ce phénomène
s’explique par le fait que l’artiste se
regarde de face pour se peindre et
ne peut 昀椀xer qu’un œil à la fois. Il
déplace ainsi sans cesse son regard
du modèle (ou du miroir) à sa toile,
et doit réajuster à chaque fois sa
vision, ce qui le conduit à modi昀椀er
son image re昀氀étée dans le miroir :
« […] contrairement à la 昀椀xité que
peut adopter le modèle, son regard
n’est pas le même suivant l’œil qu’il
observe ; autrement dit, comme
l’illustre par exemple deux siècles
plus tard l’autoportrait de Johannes
Gumpp, où les deux regards de
l’artiste – l’un dans le miroir, l’autre